56ème FETE DE GYMNASTIQUE - ANNECY - juillet 1936
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Article extrait du journal L'oeuvre - Edition de Paris - n°7584 - Lundi 6 juillet 1936


M. Albert Lebrun a présidé à Annecy la fête fédérale des Sociétés de Gymnastique
(De notre envoyé spécial - Y. Grosrichard)

Annecy, 5 juillet - Tout le monde, dans le train, était debout dès six heures du matin. Personne ne voulait manquer le merveilleux spectacle qui, jusqu'à l'arrivée, allait se dérouler sous nos yeux.
Après avoir traversé de riches vallées, on arriva au bord du lac du Bourget, célèbre à plus d'un titre. Et rares étaient les wagons dans lesquels on réussit à échapper de justesse aux traditionnelles citations de Lamartine.
Ce fut ensuite la remontée vers Annecy, à travers des paysages ,grandioses, avec un arrêt à Rumilly où les amateurs purent visiter une laiterie célèbre dans laquelle les cuves à lait sont aussi volumineuses que des châteaux-d'eau.

Tout le monde, nous l'avons dit, était prêt depuis longtemps, Le chef du protocole n'était pas le dernier à s'en féliciter, le débarquement à Annecy fut ponctuel et traditionnel, avec coupes d'honneur, hymnes et escortes. La ville pavoisée en l'honneur du président de la République et des cinq mille gymnastes qui allaient participer au concours de l'après-midi fait à M. Albert Lebrun un accueil enthousiaste. Le soleil inonde toutes choses de sa lumière. Les tuiles des maisons contemporaines de celle où vécut saint François de Sales, rutilent et tremblent de chaleur. Le lac est bleu et reflète le ciel pur. Tout autour, des monts altiers.

Le protocole ne permettant les contemplations qu'aux minutes déterminées par avance, abaissons nos regards vers le cortège et suivons M. Albert Lebrun jusqu'au monument aux morts, devant lequel il se recueille. Puis, le président de la République inaugure sur l'un dies canaux, un pont qui portera son nom. Des fillettes lui ont offert des fleurs et les ciseaux dont il s'est servi pour trancher le ruban symbolique elles ont droit au baiser présidentiel. A l'Hôtel de Ville, où le maire, M. Blanc, lui présente les notabilités, M. Albert Lebrun prononce une allocution très applaudie, dans laquelle il indique qu'étant venu dans le pays il y a quarante ans pour y faire des études géologiques, il connaît la Savoie du dehors et du dedans.

Dans le parc voisin, M. Albert Lebrun visite ensuite la maison de l'enfance, une crèche toute neuve dans laquelle s'ébattent des bambins délicieux, Le chef de l'État se tourne vers M. Dezarnaulds, qui est du voyage :

- Qu'en pensez-vous, docteur ?
Pour toute réponse, le sous-secrétaire à l'Éducation physique laisse un sourire fuser hors de sa barbe, fait si rare qu'on peut l'interprêter comme le signe du contentement total.

Après quoi, le président se rend à la préfecture, où M. Martin lui présente toutes les notabilités départementales. Au cours de cette cérémonie, M. Camille Chautemps, qui accompagne également M. Albert, Lebrun dit quelques mots. Le ministre d'Etat rappelle ses origines savoyardes, puis, faisant allusion à la situation politique :
- A un moment où tous les Français éprouvent un sentiment mélangé d'espérance et d'angoisse devant la situation actuelle et profitant de votre haute présence, je tiens à déclarer que le gouvernement est décidé à maintenir au-dessus de toute atteinte, d'où qu'elle vienne, les libertés républicaines, la sécurité et l'indépendance de notre patrie.

M. Albert Lebrun prend enfin la parole et, après avoir apporté à tous les maires du département le salut de la République, il insiste, sous les bravos, sur l'oeuvre accomplie et sur celle qui reste encore à accomplir pour doter les communes de tous les perfectionnements de la technique moderne.

Le président de la République visiterra encore l'hôpital avant de revenir vers le Casino, où, dans un cadre splendide, est servi le banquet d'honneur et où, entre autres mets, M. Albert Lebrun dégustera des ombles du lac, poisson fameux.

Au banquet de 200 couverts, magnifiquement servi, on entend successivement, à l'heure des discours, MM. Blanc, Gaudier et Gallet. Puis, le président de la République prend la parole. Voici la péroraison de son discours :
- Sans doute, dans le désarroi génèral dont souffre le monde, notre pays a connu lui aussi ses heures de fièvre. Ceux qui comme moi, et c'est mon premier devoir, prêtent l'oreille aux bruits du dehors, ont ressenti quelque amertume des appréciations, manifestement exagérées d'ailleurs, qu'à cette occasion on portait sur lui pour atteindre soit crédit et affaiblir son rayonnement.

L'heure est venue de nous ressaisir. Pour conserver ses amitiés et ses alliances, pour jouir dans l'Europe désemparée le rôle pacificateur qui fut toujours le sien, la France a plus que jamais besoin de calme, d'ordre et de discipline à l'intérieur, de prestige et d'autorité au dehors. Que chaque citoyen comprenne qu'il en est comptable pour sa part devant la nation. Qu'il puise dans son patriotisme la force nécessaire à l'accomplissement du devoir sous fouies ses formes. Partant ici au coeur de la Savoie, je suis certain d'être de ta France entière.

Les derniers mots du président de la République sont longuement applaudis. Après quoi M. Albert Lebrun se dirige à pied vers le champ de Mars où il va assister à la 56ème fête fédérale nationale et internationale de l'Union des Sociétés de gymnastique de France Il aura l'occasion d'y applaudir des milliers de beaux athlètes. Avant de quitter le terrain, il remet à la société l'Allobroge le drapeau fédéral et prononcera une allocution que souligneront de vigoureux bravos.

Il fait chaud. Mais si la chaleur dilate les corps, elle ne dilate pas l'horaire. Il est temps maintenant d'embarquer sur un bateau qui va faire le tour du merveilleux lac d'Annecy. C'est par cette belle promenade que M. albert Lebrun termine sa journée protocolaire.